Joueurs, dirigeants, arbitres s’accordent sur un point : trop de débordements sont à déplorer dans le cadre des compétitions de pétanque, notamment en lien avec la violence et les incivilités. S’affirmer dans le jeu en usant de ressources psychologiques (ou tactiques) semble valorisé dans le milieu sportif. Néanmoins, certains joueurs, dépassés par leurs émotions ou par le stress, peuvent développer très rapidement des comportements déviants allant de la simple incivilité (au mieux) à l’ultra-violence (au pire).
Qu’entendons-nous par violence ?
Dans une acception assez large, nous retiendrons que la violence s’apparente à une "force brutale qu’un être impose à d’autres, pouvant aller jusqu’à la contrainte exercée par l’intimidation ou la terreur". Moins flagrante, moins directe, la violence peut se décliner sous la forme d’une véritable "domination exercée par quelqu'un sur une ou plusieurs personnes par des attaques visant à les contrôler ou à porter atteinte à leur dignité ou à leur intégrité physique ou psychologique".
La violence nous renvoie aussi à la question des normes et de l’évolution d’une société. Elle vient parfois nous rappeler qu’un comportement jugé inacceptable aujourd’hui a pu être valorisé en d’autres temps. Par ailleurs, on constate que le terme de violence s'est élargi pour inclure toutes les manifestations de violence, qu'elles soient physiques, verbales ou psychologiques, individuelles ou collectives.
Quand l’identité d’un club ou d’une équipe se forge sur sa réputation agressive, voire violente, quand des confrontations sportives se déclinent dans des luttes et des conquêtes de territorialité, alors les dérives sont monnaie courante, et l’instinct grégaire alimente les débordements violents sur et en dehors des terrains. Cette problématique renvoie à des facteurs liés à la réalité du sport en général, et parfois propres à la pétanque.
L’argent
En ce qui concerne la pétanque, la performance peut-être reliée étroitement à la dimension de l’argent, et ce, dès le niveau départemental.
Ce paramètre est un facteur de dérèglement dans les rapports d’opposition à la pétanque.
En effet, la motivation de nombreux joueurs est parfois focalisée essentiellement sur la notion de gain, aussi minime soit-il.
Pour tenter de faire évoluer les mentalités et les orientations de certains joueurs, un système de classement (plus poussé qu’aujourd’hui) pourrait être développé, afin d’engager les individus dans une dynamique de progrès et de compétition, sans pour autant intégrer la dimension pécuniaire de façon systématique.
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Les attitudes et les comportements
Les joueurs doivent pouvoir prendre conscience de leur investissement dans la pratique sportive, afin de réorienter leurs motivations vers des valeurs moins engagées sur le prestige et le résultat immédiat. Ensuite, il faut bien admettre que les discours en place chez certains parents, éducateurs ou dirigeants de clubs doivent pouvoir évoluer, notamment vers la prise en considération de l’autre, de l’adversaire qui n’est pas un ennemi mais un allié dans une production de performance.
Certains restent coincés sur des valeurs compétitives, proposant un cadre défaillant, sans projet pédagogique et éthique. En conséquence, les joueurs les plus fragiles développent des attitudes inappropriées, tant dans leurs relations aux adversaires, qu’avec les instances dirigeantes. La montée des incivilités sous forme de violence verbale par exemple, ou d’actes anti-sportifs, facilite le développement des tensions et le développement d’attitudes défensives. Il serait urgent de réinvestir le terrain pédagogique afin de reconstruire des liens avec les joueurs, dans le but d’asseoir des valeurs plus saines au sein du sport-pétanque.
Le contexte et l’environnement
Le contexte et l’environnement sont des éléments très importants à prendre en compte dans l’approche des phénomènes de violence et d’incivilité. Ils sont spécifiques et conditionnent les interactions en fonction des lieux, du moment, de l’attitude du public, des propos tenus, des antécédents entre les joueurs, les équipes, de l’enjeu sportif, de la politique générale d’un club.
L’arbitrage
Les paradoxes sont nombreux concernant l’arbitrage. La formation (initiale et continue) fait défaut, le suivi n’existe pas. Le rôle des arbitres (photo ci-dessus) est indiscutable mais discuté dans la plupart des cas. La fonction même des arbitres est remise en question très souvent. Du coup, ils sont eux-mêmes parfois victimes de violence (verbale notamment) ou d’actes d’incivilité. L’arbitrage reste un levier très important dans les approches préventives et pédagogiques. Il apparaît donc fondamental de revaloriser sa fonction et ses rôles associés.
L’appartenance au territoire
"L’autre", en tant qu’étranger à notre espace personnel, vient comme élément perturbateur de l’unité en place et du sentiment d’appartenance au groupe, à l’équipe, au club, au quartier, à la région. Il pose question, crée de l’inconnu et instaure un climat de tension interne chez les joueurs. Il y a de nombreuses résistances qui viennent comme autant de processus défensifs (souvent inconscients) compromettre la dynamique d’échanges au cours des rencontres sportives. C’est donc tout un ensemble d’interactions humaines qui est perturbé. Les tensions se font sentir et l’on dépasse vite le champ sportif.
Aujourd’hui, de nombreuses personnes apparaissent désabusées ou impuissantes face à certaines formes de violences ou d’incivilités. Ceci témoigne souvent d’un manque de relations et d’échanges entre les personnes. Pourtant, à l’origine, la pétanque était un jeu propice aux rencontres et aux échanges entre les hommes, au delà des âges ou des origines sociales et culturelles. Un autre temps…