"C'était mieux avant". C'est du moins ce que répète la plupart des joueurs ayant connu la pétanque et le provençal du passé et qui ne se retrouvent plus dans les pratiques actuelles. Peut-être parce que le plaisir, l'amusement, le folklore ou les belles histoires ont en partie disparu.
A cette époque, les spectateurs ne demandaient qu'une seule chose : du spectacle. Certains hurlaient de rire ou d'étonnement, parfois de colère, mais chacun trouvait chaussure à son pied. Je pense y avoir un peu contribué... à ma manière.
De parents italiens, je passais souvent la frontière pour m'arrêter dans un magasin de chaussures de San Remo, fourni en modèles peu coûteux, beaux, et adaptés à mes pieds déformés par des années de football. Un jour, je tombe sur une paire magnifique. Des rouges. La vendeuse me fait essayer un 44. Un peu court, je prends donc le 45.
Plus tard, en rentrant chez moi à Nîmes, ma femme me dit, étonnée : "il y en a une plus grande que l'autre". La vendeuse avait marché à côté de ses pompes, et mis dans la boite un 44 et un 45.
Le coup de la chaussure italienne
Involontairement, je venais pourtant de dénicher la meilleure paire de chaussures qui soit pour jouer aux boules. Surtout quand, comme c'était souvent le cas, il fallait affronter des adversaires utilisant des boules farcies, une pratique alors assez répandue. Personne n'aime jouer contre ces tricheurs, mais il fallait bien faire avec.
Pour préparer ma parade, j'avais donc enfilé mes nouveaux souliers. Puisque nous pouvions mesurer les points avec les pieds, je mesurais en choisissant le pied qui m'arrangeait. S'il fallait une mesure plus courte pour nous avantager, je commençais par la chaussure en 44. Pour une mesure plus longue, je choisissais l'autre. Quand les points se jouaient à quelques centimètres, nous remportions toujours la mène.
Les spectateurs connaissant l'astuce en parlaient comme du coup de la "chaussure italienne". Je ne l'ai pas fait souvent, mais un peu quand même. Un jour, dans une partie amicale avec Henri Salvador, lors d'un Midi Libre à Nîmes, celui-ci avait juré de ne pas se laisser berner. On avait parié le repas. Salvador jouait avec Benoît-Gonin et Carbuccia, et moi avec Bonfort et Matalana. A 12-12, il a fallu mesurer. Devinez qui a gagné ?
Voilà comment se vivait le folklore de l'époque. Depuis, les mesures avec les pieds sont interdites. J'espère que ça n'est pas ma faute...